Mélancolique

Bien le bonsoir ! Je vous présente un texte plus long et plutôt triste, écrit lors d’un concours de creepypasta du forum de Voxmarkers datant de 2013… Bonne lecture !


Mélancolique

Dans une région montagneuse de France, non loin d’un lac gelé, se trouve un bâtiment d’une hauteur et d’une largeur gigantesque. Son architecture était décorée d’ornements et de courbes rappelant le style Mucha ; ainsi que de pierres colorées… Tous ces détails mènent à penser à un patrimoine historique unique en France. En réalité il s’agit l’orphelinat Pléiade.

Par ailleurs, vers la fin de la journée d’hiver, un homme proche du lac le longeait lentement en direction de l’orphelinat. Il était couvert d’une longue cape de couleur bleu royal. La capuche cachait son visage, car il savait que les légers flocons annonçaient l’arrivée d’une tempête de neige. L’homme pressa le pas pour arriver au bâtiment. Enfin, il s’arrêta devant la porte, sortit un trousseau de clés et l’ouvrit. L’intérieur était spacieux, et l’individu, après avoir verrouillé l’entrée, se dirigea vers un des escaliers. Il monta jusqu’au troisième étage et s’engouffra dans un couloir. L’endroit comportait de nombreuses portes, numérotées de 300 à 399. Mais il savait où se trouvait la porte qu’il cherchait. Il stoppa sa marche devant la chambre 333. Il n’eut même pas à sortir la clé : la porte était entre-ouverte. Il pénétra de-dans.

L’homme ne sembla pas surpris de l’état de cette chambre. Et pourtant, la pièce était dans un désordre chaotique. Des vêtements sales trainant par terre, un lit sans couverture et un matelas éventré… Mais surtout on voyait d’énormes tâches d’encres au sol et en abondance et des murs blancs souillés par des graffitis de couleur noire.

L’homme ne sembla pas attacher une grande importance à ces détails et s’avança vers le lit. Il fouilla à l’intérieur du trou du matelas et en sortit un grand carnet en cuir caché de-dans. Ce dernier possédait une petite serrure. Cela n’empêcha pas l’homme d’y tourner une petite clé. Un clic indiquait que cela fonctionnait. Il commença à en lire le contenu. Voici ce qui était écrit…

Jour 10 du mois de septembre 201x

Bonjour, carnet. Je me nomme Joël et j’ai perdu mes parents pendant les vacances d’été. Ils voulaient juste se reposer et profiter d’un moment d’intimité ; surtout que tout deux étaient médecins et n’avaient que peu de jours de repos. Et je l’ai compris sans même qu’ils me l’expliquent. C’est pour cela que j’ai refusé d’aller avec eux : ils manquaient de temps pour être entre-eux.

Le jour de leur départ, ils prenaient un car en direction de l’Auvergne. Le transport, pour éviter de percuter une voiture en sens inverse, a brusquement tourné à gauche. En plein dans le précipice d’une montagne. Le conducteur et tous les passagers sont mort dans l’accident. Lorsque ma grand-mère répondit au téléphone et apprit cet accident funeste, elle tomba à genoux. Sa fille et son beau-fils, de brillants médecins vivant à la campagne, la fierté locale, c’était terminé pour eux.

Il ne restait plus que moi, la honte familiale. Ma grand-mère me hait, et cet accident n’arrangea pas nos liens. J’ai même entendu dire, le jour des funérailles, qu’elle aurait voulu que ce soit moi qui y soit passé à leur place. En plus, les préjugés sur moi avaient fait le tour de tous les invités, et ces derniers me lançaient des regards noirs.

Tout cela est lié à mes intérêts : je préfère lire et écrire plutôt qu’étudier les sciences. Depuis la mort de mes parents, je n’ai pas pu parler de mes souffrances. Je ne peux plus faire confiance à personne, et mes parents me manquent. Je me sens mieux, écrire sur tes feuilles m’a soulagé. Ma grand-mère m’appelle, je reviens plus tard.

Jour 11 du mois de septembre 201x

Que d’événements depuis hier ! Après être descendu au salon, ma grand-mère m’annonça que j’irai dans un orphelinat, et que je devais me dépêcher de faire ma valise car le conducteur qui m’y emmène m’attendait déjà dehors. Je pris donc l’essentiel : habits, nourriture… puis rangea tout mon matériel d’écriture (et toi, bien sûr !) dans mon sac à dos. Dès que je me retrouvai en bas avec mes bagages, ma grand-mère me poussa dehors et referma la porte d’entrée à clé. Pas même un adieu… Tant pis.

Quand je vis le véhicule en face de ma maison, je fus surpris. Une voiture. Pas celle avec un moteur, celle avec deux chevaux. Je m’approchais, perplexe. Le conducteur, sympathique, prit mes bagages et me demanda de monter dans le véhicule. Une fois à l’intérieur, je constatais qu’il y avait trois autres passagers. Deux filles et un garçon. Je m’assis à côté de ce dernier. Aucun de nous, au départ, n’osait parler. Puis mon voisin se présenta en premier après le démarrage du véhicule.

Il s’appelle Sami Perdrix. Il a quinze ans et a perdu son grand-père depuis peu. Sa tante, qui devait le prendre en charge, abandonna l’idée et l’inscrivit à l’orphelinat Pléiade. Il aime jouer du violon, écouter tout genre musical et danser. Il est grand, un peu musclé, des cheveux blonds et courts, les yeux bleus et la peau bronzée. Il porte souvent des vêtements sportifs et décontractés. Il a l’air amical, très jovial, parle avec enthousiasme, et surtout paraît sincère.

L’une des deux filles prit le relais.

Elle se nomme Léna Silvestre. Elle a seize ans, et n’a jamais connu un seul membre de sa famille. Elle vivait dans un autre orphelinat et, comme elle aime les cours d’histoire et d’astronomie, elle a demandé au directeur de la transférer à celle de la Pléiade. Elle réussit à le convaincre. Elle est brune et frisée, les yeux verts, plutôt svelte. Métisse de peau, elle a tendance à s’habiller comme un homme : elle craque facilement sur les chemises et les cravates. Elle semble plutôt intelligente et sympathique, articule les mots sans exagérer, et surtout a l’air fiable.

La deuxième fille eut du mal à débuter sa présentation.

Elle porte le nom de Cloé Pichoux et a douze ans. Sa famille était riche, jusqu’au jour où son père, patron d’une grande entreprise, se pendit. Il avait accumulé une dette énorme et désespérait à trouver une solution. Sa mère est morte dès sa naissance. La nouvelle épouse de son père, ne voulant pas s’occuper de Cloé, l’a envoyé à cet orphelinat. Elle a de longs cheveux châtains et des yeux noisettes. Elle est un peu ronde, la peau blanche. Catholique, elle aime sa religion ainsi que le chant. Elle est très féminine avec ses longues robes à motifs mignons et ses chapeaux. Elle est timide, bégaye énormément, mais surtout doit être gentille.

J’étais le dernier à me présenter. Vu que je ne t’ai pas tout dit sur moi, je vais en profiter pour le faire.

Je suis donc Joël Lecanu, treize ans. Comme tu le sais, ma grand-mère m’a jeté à la rue après m’avoir inscrit à l’orphelinat, suite au décès de mes parents. J’ai les cheveux roux et assez courts bouclant, les yeux gris. Ma peau a tendance à rosir, et je suis gros. J’aime lire les poèmes et les épopées médiévales, et j’écris de la poésie. J’ai des habits simples et amples pour cacher mon obésité. Je me considère comme calme, peu bavard, mais surtout sensible.

Oups, je reviens très vite te raconter le reste !

Plus tard…

Enfin, je suis de retour !

Donc, après nos présentations, on discuta de tout et de rien ; parfois on riait des jeux de mots de Sami, parfois on débattait de sujets sérieux avec Léna, parfois on parlait de nos goûts grâce à Cloé, et parfois je leur lisais mes poèmes. En dessous des sièges, il y avait de quoi manger pour cinq jours, on put donc se restaurer facilement. À un moment, fatigués, nous nous endormîmes. Mais dès le réveil on recommençait le bavardage. Puis, après dix heures de voyage, le véhicule s’arrêta et le conducteur nous informa qu’on était arrivé.

Lorsque je sortis du véhicule, un tout nouveau paysage s’offrit à moi. Les montagnes enneigées, un lac avec l’eau limpide et un peu de verdure… Une nature magnifique. Je le contemplai quelques minutes, puis allai rejoindre mes nouveaux amis. L’orphelinat Pléiade m’éblouit par ses détails artistique, mais aussi par son énorme taille. Il est comparable à un immeuble de dix étages. Mes camarades avaient réagis de la même manière. Le cocher nous ouvrit la porte et nous demanda d’entrer, bien qu’il ne puisse pas nous accompagner à l’intérieur car occupé à monter nos bagages. Le hall était tout aussi gigantesque et colorée que la façade.

On reçu la bienvenue de neuf femmes et de deux hommes. Elles se présentèrent d’abord : Calliope (professeur de poésie épique), Clio (professeur d’histoire), Érato (professeur de chant), Euterpe (professeur de musique), Melpomène (professeur de tragédie), Polymnie (professeur de rhétorique), Tepsichore (professeur de danse), Thalie (professeur de comédie) et Uranie (professeur d’astrologie). Elles ont des noms peu communs, mais elles sont accueillat. Les hommes donnèrent leur nom et métier : Drasnor, directeur de l’orphelinat, et Yalleb, vice-directeur. Ils devaient être occupés, car ils s’excusèrent de devoir s’éclisper. Les professeurs s’avancèrent et nous emmenèrent chacun vers un escalier différent. Calliope fut ma guide. Au bout du troisième étage, on tourna à gauche. Ma chambre portait le numéro 333. Calliope me donna la clé, puis m’informa d’être en bas à neuf heure demain et me laissa seul. J’entrais dans ma chambre. C’est une pièce simple avec un lit, des toilettes, une commode et un bureau. Mes bagages se trouvaient déjà dans la pièce. Et voilà que je te raconte toute mon aventure, mais je commence à fermer des yeux. Il est quand même onze heures du soir, et je dois me lever tôt demain. Je te souhaite donc bonne nuit, carnet.

Jour 12 du mois de septembre 201x

Je nage dans le bonheur depuis que je vis à l’orphelinat ! Je vais te parler de cette sublime journée.

Ce matin, je descendis pour neuf heure comme prévu. Léna et Cloé ainsi que quatre professeurs étaient déjà présent : Calliope, Clio, Euterpe et Érato. Sami arriva quelques minutes après, s’excusant de son retard.

Calliope nous annonça que chacun d’entre nous étudiait avec une des professeurs présentes. Léna fut choisie par Clio, Sami fut pris par Euterpe, Cloé tomba sur Érato et moi-même fut désigné par Calliope. On suivait chacun notre gouvernante dans des directions différentes. Le couloir aux murs noirs, où l’on s’engageait, possédait de nombreuses salles, allant du numéro 031 à 039. Ma professeur s’arrêta devant la porte 033 et l’ouvrit. Une fois à l’intérieur de la salle, je ne vis que six élèves, tous de mon âge. Je me présentai à eux et fus accueilli chaleureusement. Lorsque je m’installais derrière ma table, je remarquais qu’elle contenait une plume de chouette effraie taillée pour écrire et un pot d’encre. Je m’émerveillai de la beauté du médium. Calliope me recommanda de toujours l’avoir avec moi et d’écrire uniquement avec elle.

Et je passais le reste de la matinée à suivre le cours sur la poésie épique. C’est aussi enrichissant qu’un simple cours de français où les romans sont mis en avant et les poèmes dans l’ombre. À midi, aidé par mes camarades de classe, je me dirigeai à la cantine. C’est un lieu spacieux avec deux étages supplémentaires pour les tables. Je retrouvai mes amis du voyage et, une fois installé, nous discutions à propos de nos matinées. Eux sont encore plus enthousiasmés par ces premiers cours que moi, ayant aussi obtenu un objet : Cloé eut un collier avec une jolie croix décorée, Léna une boule de cristal et Sami un petit parfum pour hommes. Une fois le déjeuner terminé, nous retournâmes chacun à nos tables. L’après-midi nous pratiquâmes l’écriture de poèmes épiques. Je suis fier de mon premier écrit, et je pense avoir une bonne note ! À six heures du soir, je retrouvai mes amis pour dîner, et juste après il fallut retourner dans nos chambres pour travailler ou dormir, au choix. J’ai un petit devoir d’écriture pour le cours de demain avec la professeur Melpomène, ce sera facile à rédiger mais il faut que je m’y mette. Je te laisse, à demain soir !

Jour 4 du mois d’octobre 201x

Mon Dieu, voilà bien longtemps que je n’ai pas écrit sur tes pages, carnet ! Il faut dire que je suis dans une passe difficile : je n’ai eu aucune note au dessus de dix sur vingt. Que ce soit avec Calliope l’impulsive, Melpomène la stricte, Polymnie la perfectionniste et Thalie la râleuse, mes notes sont à neuf sur vingt dans le meilleur des cas. De plus, mes camarades de classe se plaignent tout le temps. À force d’entendre leur lamentation tout les jours pendant que je suis dernier de la classe, ça me déprime. Je vais devenir le plus mauvais résident de l’orphelinat, et je ne sais pas quoi faire pour m’améliorer. Pourtant j’écris toujours à fond. Le seul commentaire que mes professeurs me donne c’est « Peut mieux faire ». D’accord, mais comment ? Il faudrait peut-être que je trouve un élève qui puisse m’aider. Je vais le faire, j’ai un peu de temps avant le dîner. Peut-être à tout de suite !

Une heure plus tard…

Oh mon dieu… Je ne crois pas à ce que je viens d’assister… Pourtant c’est la réalité ! Je vais tout te raconter.

J’allais à la salle commune de mon étage pour chercher un élève de ma classe, quand je vis la porte de la chambre 315 légèrement entre-ouverte. Ma curiosité m’incita à jeter un coup d’œil dans le coin. Horreur ! Il y avait une fille qui vomissait un liquide noir, le corps plié en deux. Non loin d’elle, un garçon la regardait, sans rien faire et sans émotions face au spectacle. Je dévalai les escaliers pour avertir au moins une des enseignantes. Je tombai sur Calliope et, dès que je lui rapportai le drame, elle m’accompagna à la chambre. La fille était à présent étalée par terre, inanimée ; tandis que le garçon avait le pantalon trempé d’un liquide bleu. Il chancela. Calliope le rattrapa de justesse puis, après l’avoir allongé, elle m’ordonna d’aller dîner et surtout de ne pas raconter ce drame à qui que ce soit. Je fus contraint d’obéir. Je mangeai peu lors du dîner, écœuré à cause de cela. Mes amis l’avaient remarqué, mais ils me laissèrent tranquilles, pensant que mes notes me contrariaient. Je fonçai à la chambre 315 juste après le repas. Elle était vide et n’avait plus de traces de liquides noirs et bleus.

Je n’ai pas rêve pourtant ! C’est la vérité, et je vais le prouver ! Mais je tombe de sommeil… La nuit porte conseil. À une prochaine fois, carnet.

Jour 30 du mois d’octobre 201x

L’orphelinat devient sérieusement étrange. La dernière fois je t’ai parlé de ce « drame »… Eh bien le lendemain personne ne se rappelait des deux élèves ! Pas même un camarade de leur classe… Je suis le seul à m’en souvenir !

Pourquoi ?

Pourquoi tout le monde croit que je deviens fou ? Je n’ai pas rêvé, bon sang !

Depuis ce jour je vis d’autres phénomènes encore plus anormaux. Un garçon a ramené sa batte de base-ball pour « faire intégrer » ses idées à une autre personne à la cantine ; une fille a perdu sa joie de vivre et reste impassible même lorsqu’elle était secouée ; un type, désespéré de ne plus avoir d’inspiration, s’est pendu dans sa chambre… Et plein d’autres cas similaires.

Je ne sais pas si le pire ce sont ces faits ou bien l’indifférence des professeurs face à cela. Jamais elles en furent inquiètes. Calliope, quand je lui demandais à part pourquoi elle ne réagissait pas, me gifla avec sérénité et rétorqua que je n’étais pas digne de rester si je continuais à poser ce type de question. J’en suis démoralisé…

Mes amis aussi se comportent bizarrement. Hier, Sami s’est battu avec un gars, car ce dernier a tenté de draguer Léna. Pourtant il a eu une dizaine de petites amies en moins d’un mois, leur déclarant qu’il les aimait. Il en attire beaucoup car elles craquent pour son parfum. Mais dès que certains tourne autour de Léna, Sami n’hésite pas à se montrer violent. D’ailleurs, Léna est devenue hautaine et se croit aussi importante que des personnalités historiques : elle fait toujours un discours le midi sur l’avenir, comme quoi il faut agir de telle façon pour que le monde soit sauvé du chaos. Beaucoup font mine de l’approuver, mais juste pour pouvoir la critiquer dès qu’elle a le dos tourné. Sinon, la jolie et douce Cloé… devient une vraie religieuse. Elle prie sans arrêt, parle encore moins qu’avant, et surtout elle demande toujours l’aide de Dieu pour surmonter les difficultés au lieu d’agir ou de nous en parler. Elle a des difficultés en chant avec Érato car elle est presque immobile.

…Moi-même je me sens différent, je l’avoue. J’ai de l’inspiration pour mes poèmes dès que je souffre ou qu’on me blesse moralement. Je me sens nul à cause de mes notes et des événements bizarres, la nuit, je songe à mes parents mort. J’espère que ça me passera rapidement…

Je suis désolé, je dois faire mes devoirs maintenant. Je te promet de te donner de mes nouvelles demain.

Jour 1 du mois de novembre

Quelle journée déprimante ! Je n’ai eu que des malheurs. J’ai obtenu zéro à un poème. Oui, un zéro ! Polymnie m’a même humilié devant toute la classe en le lisant à haute voix. Sami m’a foutu un coup de poing dans le ventre à la cantine en me traitant de porc, qu’il fallait m’égorger, sans m’expliquer la raison de cette violence… Léna a refusé de m’expliquer une notion et m’insulta de »bon à rien ». Et Cloé resta sans avis, me conseillant de m’en remettre à Dieu.

Pour la première fois de ma vie, j’ai séché le cours de l’après-midi. J’en ai marre d’être le bouc émissaire ! Pourquoi ?! Pourquoi cet enchaînement de souffrances !? Et pourquoi j’ai de l’inspiration à cause de ces douleurs ?! … J’ai besoin de créer un poème. Je suis désolé, c’est plus fort que moi.

Jour 2 du mois de décembre 201x

Je suis un abruti. Je viens de comprendre pourquoi Sami devient violent en me voyant. Ça m’a pris environ un mois de douleurs et de blessures pour saisir. Il est fou amoureux de Léna. Le problème, c’est qu’elle l’évite et qu’elle me parle plus que avec lui. Mais j’ai une idée pour me faire pardonner. Je vais aider Sami à lui déclarer son amour, et notre amitié reviendra ! J’en profiterai après pour dire à Cloé que je l’aime. Que je l’aime quand elle fait un léger sourire, quand je regarde ses yeux noisettes, quand elle parle avec douceur, quand… Oups ! Je ne vais quand même pas commencer une idée de poème ! Je dois renouer nos liens amicaux. Je le ferais demain, au diable les devoirs ! Souhaites moi bon courage, carnet !

Jour 3 du mois de décembre 201x

Oh mon dieu… Qu’ai-je fait ? Je suis un monstre pour avoir engendré ça ! Pourquoi ?! Pourquoi ça a foiré ?!! Mon plan aurait dû fonctionner pourtant !

Un plan ? Mais oui, celui pour que tout s’arrange et que notre groupe redevienne comme avant !

Ce plan, voici en quoi il consistait.

Sami devait inviter Léna dans sa chambre, et s’il hésitait pendant sa déclaration il pouvait m’entendre chuchoter, caché dans son armoire. C’est tout. Sami accepta le plan. Quelle erreur ! Si j’avais su… Bref, passons.

Donc, on mit le plan à exécution. Léna vint à l’invitation, la boule de cristal à ses mains. Sami hésita sur certains mots, je l’aidai en les lui soufflant. Il réussit à le dire, tout rouge. Léna refusa son amour, car elle expliqua qu’elle avait un avenir à protéger et que, pour rester en paix, elle devait rester seule et vierge, accompagnée de sa boule de prédiction.

Et là, tout dégénéra. Sami explosa de colère. Il empêcha Léna de quitter sa chambre en l’attrapant par le bras. Elle tenta d’échapper à la prise mais en vain. Sami lui donna une gifle, la mettant à terre. Léna tenta de se relever, sa boule de cristal roulant ailleurs. Il récupéra cet objet et frappa avec sur la tête. Elle retomba au sol, le crâne ouvert. Sami la bloqua au sol et… Quelle horreur ! J’assistais à un viol ! J’hésitai entre risquer ma vie pour stopper cet abominable massacre ou rester à l’abri dans l’armoire. Je suivis le second choix, paralysé d’effroi. Un liquide doré coulait du crâne pendant ce temps. Puis Sami, ayant satisfait ses pulsions, commença à reprendre la raison. Je le rejoignais à cet instant là. Calme mais tétanisé, il se rendit compte de ce qu’il avait fait. Alors, il prit Léna dans ses bras et pleura. Ses larmes étaient rouges. Encore ces liquides de couleurs, comme lors du « drame » ! Léna caressa le visage de Sami, lui sourit et tomba inconsciente. Détruit, il ouvrit en grand sa fenêtre et sauta. Je n’eus pas le temps de réagir que j’entendis déjà un craquement. Sami était mort, allongé dans la neige qui absorbait son liquide rouge. Je suis revenu écrire ça, car je crois que je vais devenir fou…

Je ne sais pas quoi faire ! J’ai provoqué ce carnage en croyant faire le bien ! Et comment l’expliquer à Cloé sans me faire prendre pour un psychopathe qui les aurait manipulé ? On tape à ma porte… J’ai peur, mais il faut vérifier qui c’est. Je reviens.

Nuit 4 du mois de décembre 201x (trait tremblant et tâches d’encre)

Quel abruti je suis ! C’était Cloé. Elle me demanda si j’avais vu Léna. A lors, je l’amenai à la chambre pour montrer son cadavre. En voyant ce corps désarticulé, elle ne broncha pas. Quelques minutes passèrent avant sa réaction. Elle prit sa croix, demanda à Dieu de pardonner mon crime et de lui donner la force de surmonter cette épreuve. Alors, elle tomba à genou et pleura en silence. Ses larmes… Elles étaient bleues ! Oui bleues !!! Et le pire, c’est qu’elle souriait, en extase totale ! Puis elle se laissa tomber au sol : son corps n’était plus qu’une coquille vide.

Bravo Joël, bravo ! Tu viens aussi de tuer tes amis, comme tu l’as fait avec tes parents. Mais le pire dans tout ça c’est que, depuis la mort « spirituelle » de Cloé, je n’arrête pas d’écrire. Mon inspiration est comparable à un fleuve : je ne peux pas contrôler son flux, trop puissant à maîtriser. Je ne pense qu’à écrire, écrire, écrire, écrire… J’en ai la nausée, je dois aller vomir aux toilettes…

Plus tard…

Non, ce n’est pas possible ! J’ai vomi un liquide noir… Qui a le goût de sang ! … Pourquoi est-il noir ? C’est comme celui de la fille du « drame »… Je n’arrive pas à m’empêcher de le cracher… Et j’ai envie d’écrire un texte sur les morts… ! Que c’est abominable de ma part de me servir de mes souvenirs pour rédiger… Non ! Je dois résister à ce besoin… ! Je m’affaiblis à chaque vomissements… Peut-être vais-je en mourir… ? En fait je préfère y passer moi aussi… Je dois te fermer à clé, comme d’habitude… Je t’ai réservé une cachette dans le matelas, mais d’a ord il faut verrouillé, écrire, verrouiller, écrire, verrouiller, écrire, verrouiller, écr… Stop ! Il est temps que je te dise adieu maintenant… Merci de m’avoir tenu compagnie, je vais les rejoindre… Père… Mère… Sami… Léna… Cloé… Attendez-moi… J’arrive.

« Eh bien, regrettes-tu ce pensionnaire au point de lire son journal intime ? Et en plus en gardant ta capuche ? »

L’homme à la cape se retourna. À l’entrée de la chambre un homme richement vêtu s’adossait au mur. L’homme à la cape retira sa capuche.

« Directeur Drasnor. Ou plutôt Ronsard… Oui, je le regrette beaucoup. Il aurait fallu qu’il s’intègre dans sa salle et non avec les autres. Ses amis n’avaient ni la fureur poétique en eux, ni l’humeur noire dans le sang… Alors que lui si. On a dû trop forcer les mauvaises notes, alors que ses poèmes étaient sublimes ! Il aurait fait un bon poète mélancolique, comme moi quand j’étais jeune…

-Oui, mais c’est trop tard, coupa Ronsard. Tu sais bien qu’un mélancolique n’a que deux choix : le déclic artistique ou le suicide. Il a choisi la seconde option en se vidant de son sang… Comme des centaines d’enfants dans cet orphelinat, vice-directeur Yalleb, ou plutôt du Bellay. »

Ce dernier soupira. Ce gamin, dire qu’il aurait pu devenir un bon leader pour leur projet.

« Allons ! On a tout un établissement de jeunes artistes qui ne demandent qu’à devenir des génies ! Bientôt, nous redeviendrons cette armée d’antan où les gens nous admiraient pour notre finesse d’esprit, au lieu de nous mépriser comme des mendiants! Bien sûr il faudra du temps pour en réunir un grand nombre… Cependant, non seulement cet orphelinat peut contenir des centaines d’enfants, mais en plus nous avons aussi l’aide des Muses, et leur enseignement est parfait. Allez, il faut accueillir les nouveaux arrivants, enlève tacape et partons leur souhaiter la bienvenue ! »

Ronsard disparu rapidement dans le couloir. Du Bellay, en ôtant sa cape, conserva le carnet dans ses mains : cela leur permettrait d’éviter de nouvelles erreurs, pour constituer les poètes mélancoliques rapidement. « Merci, et adieu », pensa-t-il en quittant la chambre 333.


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