Incendie

Coucou ! Une rapide explication avant de vous laisser découvrir : il s’agit de poster un texte de ma marmite toutes les semaines, afin de vous laisser découvrir ma plume. Ils sont aussi divers dans leur sujet que dans leur manière d’être abordé. Voilà, je vous souhaite une bonne lecture !


 

Incendie

Je les hais, ces lumières qui sortent par les fenêtres. Elles se pavanent à travers leur éclat artificiel, se moquant de mon état de braise. Ma haine augmente au fur et à mesure que j’entends leur rire monotone et répétitif. Et la densité de mes flammèches aussi. Au bout d’un moment, je n’en peux plus, je veux m’épanouir pour leur montrer ma vraie valeur, celle d’un feu éblouissant et fort. Je vais les calciner sadiquement pour leur montrer leur faiblesse : la dépendance à l’électricité !

Je monte petit à petit, dévorant les éléments de l’immeuble. J’atteins leur réceptacle de verre, il se brise sous mon haleine et les étincelles grillent au contact de ma langue. Ah, que c’est bon de pouvoir les démolir à petit feu ! Elles hurlent, me supplient d’arrêter, mais je ne le fais pas. Pourquoi s’arrêter à juste les anéantir ? Autant grimper pour continuer le massacre de chaque molécule de leur habitat !

J’escalade, de plus en plus vite, allant à l’apogée de ma victoire. Et enfin, je contemple mon œuvre : des immeubles enflammés, le ciel de nuit rougit par ma lumière chaude et naturelle. Enfin ! Je domine toutes ces saletés qui se cachaient, elles sont toutes en moi en train d’agoniser ! Cela me soulage, me réchauffe le cœur de ma braise. Moi qui était si minuscule au bout de la cendre de la cigarette, maintenant je suis la reine de la ville. Et j’irais même à devenir l’impératrice du monde entier, pour éliminer ces fausses lumières !

Puis j’entends des cris. J’observe en mon corps incandescent. Une famille se tient là, dans un coin, prisonnière de mes flammes. La petite fille et son grand-frère sont blottis l’un contre l’autre, terrifiés. Leur père les enlacent tous deux dans ses bras protecteurs, prêt à périr en premier pour laisser quelques minutes de souffles à ses enfants. La mère, elle, est morte, en train d’être réduite en cendres avec le bébé dans son ventre rond.

Et je veux pleurer. Ce que j’inflige à cette famille est horrible, tout comme toutes les personnes concernées par ma colère. Je culpabilise de mon coup de tête, de ma rage orgueilleuse. J’exige de soulager ma souffrance avec des larmes, mais je n’ai pas de véritables yeux. Alors je regarde en silence le désastre. Que quelqu’un m’arrête ! Je ne peux rien faire, je m’étends sans ralentir, rien n’est sous mon contrôle.

Soudain, une goutte d’eau. Rien que ce minuscule élément me calme. Une autre arrive, puis une autre. Finalement, un déluge tombe sur moi. Il pleut. Je commence à me soulager : le ciel pleure pour moi. Et surtout il m’éteint. Je meurs, mais ce n’est pas grave : d’autres vies pourront continuer à palpiter, et je préfère que je cesse de vivre plutôt que de raser la planète.

Je perd en hauteur en même temps que l’averse redouble d’effort. J’ai mal, très mal. J’ai l’impression qu’on me réduit, qu’on m’arrache des fragments de mon corps sans que je puisse les récupérer. Mais je m’en fiche : j’ai eu ce que je méritais pour mon crime. Pour ma tyrannie.

Je me retrouve devant mon cœur de départ : la cendre de la cigarette, balancée sur la pelouse devant l’immeuble, non loin des lumières alimentées par l’électricité. Les immeubles fument, je vois le père et ses deux enfants sortir accompagnés par des pompiers. Je souris une dernière fois avant que la poussière incandescente ne soit écrasée par une dizaine de gouttes. Une fraction de seconde avant la mort.

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